Il y a quelques temps de ça, profitant d'une journée hivernale ensoleillée, je suis allé me balader dans la campagne normande avec Vincent.

Vincent est un ami amateur d'arbres qui pour son travail passe une bonne partie de son temps à sillonner les routes de la région. Il en profite pour repérer et garder en mémoire ce qui sur son chemin lui semble digne d'intérêt, qu'il s'agisse de vieux bois ou de vieilles pierres, et c'est sur son conseil que nous nous sommes rendus ce jour à Saint-Denis -le-Thiboult

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Saint-Denis-le-Thiboult est un petit village de la Seine Maritime situé à une vingtaine de kilomètres au Nord Est de Rouen, paisible, charmant, et traversé par le Crevon, petite rivière bordée d'aulnes qui vient parfaire le tableau servi ici par la nature.

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Mais le but de cet article n'est pas de vanter les mérites de cet endroit au demeurant fort plaisant, ou alors si, pourquoi pas, mais qu'il me soit donc permis de le faire en concentrant mes paroles sur la description d'un arbre, un grand frêne solitaire qui à lui seul vaut déjà le déplacement.
Sis au milieu d'une pâture, cet arbre ne se remarque pas depuis les routes environnantes et il aura fallu l'oeil aiguisé de Vincent pour le repérer.

Mais une fois découvert, on ne voit plus que lui.

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Il présente un port large et majestueux, comme c'est le cas des arbres n'ayant pas à souffrir la concurrence de leurs semblables, et c'est par ce fait un magnifique représentant de son espèce.
Son tronc est massif et légèrement vrillé, comme on le voit souvent chez les châtaigniers, et ses charpentières s'élancent puissamment ver le ciel avant de se ramifier pour former un houppier dissymétrique et cependant du plus bel effet sur le ciel clair et lumineux de l'hiver.
En pleine force de l'age, il commence néanmoins à subir les assauts du temps; il a perdu une grosse branche et des polypores sont visibles dans un renfoncement à la base de son tronc, dont nous n'avons pas réussi à déterminer s'il est encore plein ou bien déjà partiellement creux.
Il partage son espace à la belle saison avec des chevaux, dont le voisinage malheureusement est source pour lui de dégradations au niveau de sa base, ou l'écorce semble plus tendre et appétissante qu'ailleurs.
Il en résulte des marques de dents nombreuses et profondes, et il faut savoir, pour comprendre la voracité de ces animaux par ailleurs très sympathiques qu'ils ont méticuleusement écorcé et donc presque tué deux poiriers se trouvant dans le même champ, dont celui au pied duquel pose Vincent sur la dernière photo de l'article, et qui est le plus haut poirier qu'il m'ait été donné de voir jusqu'à présent.
Peut être que la pose d'une clôture limitant l'accès à son pied serait une chose judicieuse pour préserver au mieux cet arbre par sa forme autant que par sa taille remarquable.

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Il mesure 6m50 de circonférence à 1m30 de hauteur et c'est je crois le plus beau frène que je connaisse.
Je tiens à remercier la propriétaire des lieux pour son accueil et je reviendrai voir cet arbre à la belle saison.

Il y a non loin de lui un très bel aulne, malheureusement moins photogénique mais digne tout de même d'intérêt.

Ces arbres à la vie courte et à la silhouette gracieuse sont rares dans les inventaires, et je ne désespère pas de tomber un jour sur un sujet imposant et magnifique que j'aurai alors plaisir à présenter dans ces pages.

Sur ce je vous salue et vous dit à bientôt.