L'arbre présenté ici est un arbre singulier, et je ne lui connais pas d'égal, ni dans la région ni ailleurs.

Il s'épanouit dans une pature ,juste à coté du chateau d'Anglesqueville les Murs, auxquel il était autrefois rattaché de par sa fonction, car ce qui entre tous les autres le rend remarquable, indépendamment de son port magnifique, est la présence entre ses racines d'une ancienne glacière.

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Le chateau fut bati entre la fin du 17ème et le début du 18ème siècle, tandis que la glacière et l'arbre sont légèrement plus récents.

Cet ensemble encore harmonieux malgré les assauts du temps est ce qui reste d'une pratique tombée en désuétude qui consistait à conserver de la glace dans des endroits prévus à cet effet, et ceci afin de pouvoir réfrigérer les plats.

Il s'agissait de trous profonds (huit à dix mètres ici) dans lesquels on amassait et tassait de la neige quand la météo était propice. Ces trous aux parois maçonnées étaient recouvert soit d'un monticule de terre, soit, comme c'est le cas ici par un ou plusieurs arbres dont la fonction était d'apporter une ombre protectrice et rafraichissante, garantie de longue conservation pour la glace entreposée plus bas.

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Sur la deuxième photo, située au dessu de ces lignes, on peut voir la petite entrée qui jadis constituait le seul accès à la glacière, car il faut imaginer que cette dernière était surmontée d'un dome en maçonnerie dont il ne subsiste quasiment rien à ce jour.

Il y a mon sac à dos, à droite de l'entrée, qui permet de donner une indication d'échelle, car je confesse que je n'ai pas mesuré la circonférence de l'arbre, d'abord parce que l'entreprise est périlleuse, et aussi parcequ'elle me semble compliquée, étant donnée la conformation particulière de l'arbre.

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D'ailleurs je parle d'un arbre, mais il me faut dire qu'à l'origine ils étaient deux au moins, et que l'un d'entre eux est mort.

Il n'a pas été abattu de peur de déséquilibrer la structure générale de l'ensemble, qui peut apparaitre sous certains abgles comme légèrement bancale, depuis que le dome disparu ne joue plus le role de soutien qui a du etre le sien dans le passé.

D'un autre coté je ne suis sur de rien, sinon qu'il est déstabilisant de contempler un trou béant là ou d'ordinaire on se plait à imaginer que les racines de l'arbre s'enfoncent loin dans la terre, lui assurant ainsi un ancrage puissant.

Sans doutes cette impresson de fragilité vient elle aussi de là, mais je ne me sens pas rassuré pour autant, bien qu'un étayage a été réalisé, prenant appui à l'endroit ou se trouvait autrefois le sommet du dome.

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Toujours est il que cet arbre est magnifique, et aussi très photogénique, encore que le soleil aujourd'hui ait été plutot discret.

Il transpire autant la force, par son tronc trapu et grace à un heureux effet de trompe l'oeil qui le fait apparaitre éxagérément large, que la grace et la légèreté lorsque le regard s'attarde sur ses branches basses qui avec délicatesse se sont posées sur le sol.

Son port et sa situation constituent, au regard du genre auquel il appartient, une singularité supplémentaire, car les hetres sont plus connus dans nos régions dans des environnements forestiers, pour leurs futs rectilignes et élancés, et jamais je n'en ai vu qui ressemblent à celui ci.

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L'individu survivant semble dans un très bon état sanitaire, et je souhaite qu'il soit encore visible longtemps pour le plaisir des yeux autant que pour la préservation d'un patrimoine inscrit depuis peu à l'inventaire des monuments historiques de France.

Cette visite, au coeur de cette journée grise, fut un véritable plaisir, et je remercie autant la propriétaire du lieu que ses proches pour leur amabilité et les renseignement qu'ils m'ont donnés.

Pour finir je signalerais que j'ai connu cet arbre (comme de nombreux autres et non des moindres) grace à l'inventaire mené il y a quelques années par l'Association Culture et Loisirs de Saint Pierre les Elbeuf et publié dans sa revue, le Petit Pierrotin, et c'est avec plaisir que j'ai appris ce jour qu'il figure dans le livre sur les arbres remarquables de Haute Normandie (d'Annick Vallée) paru dernièrement, de meme d'ailleurs que le tilleul du Bois Ricard d'Heudreville sur Eure.

Sur ce, je vous laisse.

Portez vous bien et à bientot,

Alexis