Il y a encore quelques jours les mélèzes étaient pour moi et pour ainsi dire des inconnus.

Bien sur nous nous étions déja croisés en quelques occasions, car bien qu'inféodés par nature aux régions montagneuses, certains d'entre eux, à l'ame sans doute plus voyageuse que le commun de leurs congénères, sont venus planter leurs racines dans les basses terres de ma région natale, la Normandie; mais jusqu'à cette incursion récente au coeur de leur pays, aucun lien ne nous unissait.

C'est par une matinée pluvieuse que je me suis mis en route; les signes depuis deux jours autour de moi s'étaient manifestés avec une étonnante clarté et c'est auprès de ces arbres que ce jour était ma place.

Je me suis donc rendu sur la commune de Prads Haute Bléone, à environ vingt cinq kilomètres au nord est de Digne les Bains, et c'est après avoir abandonné la route au profit d'une piste que je suivis, serpentant sur le flanc de la montagne, que j'atteignis le bois de Chourges.

J'ai garé ma voiture et avant meme d'avoir posé le pieds sur le sol détrempé de la montagne, j'ai su que j'allais vivre au cours des prochaines heures une des aventures arboricoles les plus intenses de ma jeune carrière d'arpenteur des vertes contrées.

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Car le moins que je puisse dire est que le spectacle qui s'offrait à mes yeux valait le déplacement.

La plupart du temps lorsque je vais visiter des arbres je me retrouve en ville, dans la campagne ou en foret, presque toujours dans des endroits que la main de l'homme a marqué de son empreinte, et c'est je crois la première fois que je me retrouve ainsi au coeur d'un paysage, qui bien que proche de la civilisation, transpire aussi peu son influence.

Si l'on m'avait dit en cet instant que je venais de mettre les pieds au coeur d'une parcelle de foret primaire miraculeusement préservée, cela m'eut paru une vérité indiscutable.

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Car dans cette foret s'épanouissent des géants d'un autre age, qui pour l'occasion avaient revétu leur parure d'automne; le sol est recouvert de mousse tendre et d'herbe grasse, et les tronc autant que les basses branches des arbres sont habillés de lichens grisonnants mettant en valeur les feuillages alors flamboyants et moribonds.

Je parle de géants car c'est je crois le terme qui sied le mieux à l'évocation des arbres qu'au cours de cet après midi j'ai cotoyé.

Parmi les nombreux individus qui poussent sur ce flanc de montagne, un grand nombre, plusieurs dizaines sur une zone de quelques hectares, ont des circonférences dépassant quatre mètres et l'un d'eux frole meme sept mètres de tour.

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La plupart de ces arbres ont des formes torturées, et doivent leur port en chandelier à un étetage ancien dont l'origine m'échappe.

Ces formes étranges, si éloignées de celle des jeunes sujets dont la flèche rectiligne pointe droit vers le ciel,sont à mes yeux l'une des caractéristiques les plus saisissantes chez ces patriarches dont l'age canonique sans aucun doute se compte en siècles.

J'ai passé à leur coté un moment inoubliable, qui restera gravé autant dans mon esprit que dans mon coeur, et je terminerais de partager avec vous cette journée en vous livrant cette pensée inquiète.

Si j'ai pris un plaisir énorme à arpenter les sentes courant aux pieds de ces arbres magnifique, l'idée qui s'est imposée à moi au cours de ce périple est que je devais ce plaisir entre autres choses à l'isolement relatif de cet endroit, au fait que les hommes en ces lieux ont moins laissé de marques qu'à leur habitude, et que pour magnifique que soit cette foret, il est sur qu'elle est tout autant fragile.

J'aurais aimé voir ce jour mes pas plus légers, avoir pourquoi pas des ailes, en tout cas laisser cet endroit aussi immaculé que je l'ai trouvé en arrivant.

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En espérant que ces quelques lignes auront été l'occasion de partager avec vous l'amour que je porte aux arbres parmi toutes les créatures qui peuplent ce monde, je vous salue et vous dit à bientot.

Alexis